Pourquoi des espèces du Sud s'installent sur les terrils
Les terrils du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais accueillent des espèces plutôt méridionales parce qu'ils forment des îlots chauds et secs : un sol noir qui absorbe le soleil, un substrat grossier qui laisse filer l'eau et, sur quelques sites, une combustion interne. Selon la fiche de la DREAL Hauts-de-France sur le projet de classement (2013-2015), des plantes et des animaux en limite d'aire de répartition y trouvent des conditions qu'ils ne rencontrent d'habitude que plus au sud : papillons, oiseaux, lézards, crapauds, criquets.
Le Conservatoire botanique national des Hauts-de-France, anciennement CBN de Bailleul, détaille le mécanisme : schistes et grès houillers drainent fortement, et leur teinte noire emmagasine plus vite la chaleur du rayonnement solaire. Les plantes doivent donc supporter la sécheresse, ce qui avantage les espèces d'affinité méditerranéenne comme la glaucière jaune (Glaucium flavum), aussi appelée pavot cornu. C'est l'inverse des bâches blanches posées sur les glaciers suisses : le blanc renvoie le rayonnement, le noir l'absorbe.
La DREAL cite aussi la pente, la granulométrie et l'orientation parmi les paramètres en jeu, et l'office de tourisme de Lens-Liévin évoque l'orientation par rapport au soleil. Un versant exposé au sud reçoit logiquement plus de soleil, mais aucune source consultée ne chiffre l'écart de température entre deux faces.
Des terrils qui brûlent encore de l'intérieur
Quelques terrils brûlent encore de l'intérieur. La DREAL, dans sa fiche de 2013-2015, montre l'exemple d'Haveluy, dans le Nord, où un terril entré en combustion mêle végétation calcinée et végétation pionnière. Eden 62, qui gère les espaces naturels sensibles du Pas-de-Calais, signale le terril n°9 à Haillicourt, dont le sommet dénudé laisse échapper de la fumée.
Ces zones restent rares : d'après le CBN des Hauts-de-France, la température du substrat peut y grimper jusqu'à 50 °C, et quelques espèces encore mieux adaptées parviennent à s'y développer.
La combustion n'explique pas tout. Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle ne brûlent pas, précise le Pays d'art et d'histoire de Lens-Liévin dans sa brochure de juin 2022 sur le 11/19 : c'est leur couleur noire qui conserve la chaleur du soleil, sur un sol resté vierge d'engrais et de pesticides.
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Selon l'office de tourisme de Lens-Liévin, sur une page publiée en 2021, le lézard des murailles, le criquet à ailes bleues et le machaon fréquentent les zones dénudées, tandis que le crapaud calamite occupe les zones humides des terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle. Le pavot cornu, plante pionnière, pousse d'ordinaire sur les dunes du littoral. Au printemps, note Eden 62, coronilles et glaucière jaune couvrent les pentes du Pays à Part.
Être en limite d'aire de répartition ne veut pas dire être menacé. La Liste rouge des reptiles et amphibiens de France hexagonale, publiée en septembre 2026 par le Comité français de l'UICN, l'OFB et le MNHN, classe le lézard des murailles et le crapaud calamite en « préoccupation mineure ». Leur intérêt local tient au rôle de refuge des terrils dans un territoire densément urbanisé et agricole, souligne la DREAL.
Le Conservatoire botanique, qui évalue depuis 2018 la flore des terrils dans un programme franco-wallon, y avance plus de 1 200 espèces de plantes, soit un tiers de la flore régionale. Ce retour du vivant sur un sol remanié rappelle d'autres reconquêtes, comme ce pâturage redevenu forêt au Costa Rica.
1986 à Loos-en-Gohelle, 1990 pour tout le bassin
Les terrils ne reçoivent plus de déblais depuis la fin de l'extraction. Selon la DREAL, le dernier puits du bassin minier a fermé définitivement en décembre 1990.
La date de 1986 concerne un site précis, la fosse 11/19 de Loos-en-Gohelle. D'après le Pays d'art et d'histoire (2022), les jumeaux 74 et 74a ont reçu d'énormes volumes à partir de 1960, puis leur alimentation a cessé dans les années 1970 au profit d'un terril plat, le 74b. L'activité de la fosse s'est arrêtée le 31 janvier 1986, et les dépôts avec elle.
Dans sa fiche de 2013-2015, la DREAL comptait 225 terrils sur les 330 qu'a connus le bassin. Beaucoup ont disparu parce qu'ils ont servi de réserve de matériaux, notamment pour les travaux publics.
Les terrils protégés et ceux qui se visitent
Le bassin minier est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis le 30 juin 2012, avec 51 terrils dans le bien inscrit, selon la DREAL. Par un décret du 28 décembre 2016, l'État a classé 78 terrils formant la « Chaîne des terrils », indique la Mission Bassin minier. D'après la DREAL, 46 de ces 78 terrils figurent dans une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I.
Le tableau réunit cinq repères tirés de la DREAL (2013-2015), du Pays d'art et d'histoire (2022), de l'office de tourisme (2026) et d'Eden 62 (2025).
| Terril | Commune | Repère | Statut et accès |
|---|---|---|---|
| Jumeaux 74 et 74a | Loos-en-Gohelle | 186 m d'altitude | Site classé, montée libre sur le 74a, 74 clôturé |
| Terril plat 74b | Loos-en-Gohelle | 24 millions de m³ avec les jumeaux, sur près de 90 ha | Site classé, accès libre |
| Jumeaux du Pays à Part | Ruitz, Maisnil-lès-Ruitz, Haillicourt | Environ 180 m d'altitude | Espace naturel sensible, sentiers aménagés |
| Terril n°9 | Haillicourt | Sommet en combustion | Espace naturel sensible, vignes plantées |
| Pinchonvalles | Avion | Recensé au patrimoine géologique national | Arrêté préfectoral de protection de biotope |
La brochure de 2022 dit les jumeaux de Loos « parmi les plus hauts d'Europe » : aucune source officielle consultée ne leur attribue le record. Leurs 186 m sont une altitude, pas une hauteur au-dessus de la plaine. Comptez environ une heure pour monter et redescendre, selon l'office de tourisme, et restez sur les sentiers aménagés pour limiter l'érosion. Pour la lumière du soir au belvédère, vérifiez l'heure du coucher du soleil.
Ce qui peut changer
La Mission Bassin minier pilote un schéma des usages qui doit fixer la vocation de chacun des 78 terrils classés (nature, proximité, sport, tourisme), sans date d'adoption publiée. La flore bouge aussi : selon le CBN des Hauts-de-France, les végétations pionnières des terrils n'ont pas atteint leur maturité, et les milieux ouverts doivent beaucoup aux lapins.
Information générale, à jour au 15 octobre 2026. Avant une sortie, vérifiez l'accès et la réglementation auprès de l'office de tourisme ou du gestionnaire du site.
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