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Terrils du bassin minier : un sol noir qui chauffe, des espèces du Sud

Le dernier puits du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais a fermé en décembre 1990, et un décret du 28 décembre 2016 a classé 78 terrils. Sur ces collines de schiste noir, chaleur et sécheresse accueillent des plantes et des insectes d'ordinaire plus méridionaux.

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Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle et le terril plat qui les relie, vus depuis Vermelles en avril 2016
Photo : Pierre André, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Pourquoi des espèces du Sud s'installent sur les terrils

Les terrils du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais accueillent des espèces plutôt méridionales parce qu'ils forment des îlots chauds et secs : un sol noir qui absorbe le soleil, un substrat grossier qui laisse filer l'eau et, sur quelques sites, une combustion interne. Selon la fiche de la DREAL Hauts-de-France sur le projet de classement (2013-2015), des plantes et des animaux en limite d'aire de répartition y trouvent des conditions qu'ils ne rencontrent d'habitude que plus au sud : papillons, oiseaux, lézards, crapauds, criquets.

Le Conservatoire botanique national des Hauts-de-France, anciennement CBN de Bailleul, détaille le mécanisme : schistes et grès houillers drainent fortement, et leur teinte noire emmagasine plus vite la chaleur du rayonnement solaire. Les plantes doivent donc supporter la sécheresse, ce qui avantage les espèces d'affinité méditerranéenne comme la glaucière jaune (Glaucium flavum), aussi appelée pavot cornu. C'est l'inverse des bâches blanches posées sur les glaciers suisses : le blanc renvoie le rayonnement, le noir l'absorbe.

La DREAL cite aussi la pente, la granulométrie et l'orientation parmi les paramètres en jeu, et l'office de tourisme de Lens-Liévin évoque l'orientation par rapport au soleil. Un versant exposé au sud reçoit logiquement plus de soleil, mais aucune source consultée ne chiffre l'écart de température entre deux faces.

Des terrils qui brûlent encore de l'intérieur

Quelques terrils brûlent encore de l'intérieur. La DREAL, dans sa fiche de 2013-2015, montre l'exemple d'Haveluy, dans le Nord, où un terril entré en combustion mêle végétation calcinée et végétation pionnière. Eden 62, qui gère les espaces naturels sensibles du Pas-de-Calais, signale le terril n°9 à Haillicourt, dont le sommet dénudé laisse échapper de la fumée.

Ces zones restent rares : d'après le CBN des Hauts-de-France, la température du substrat peut y grimper jusqu'à 50 °C, et quelques espèces encore mieux adaptées parviennent à s'y développer.

La combustion n'explique pas tout. Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle ne brûlent pas, précise le Pays d'art et d'histoire de Lens-Liévin dans sa brochure de juin 2022 sur le 11/19 : c'est leur couleur noire qui conserve la chaleur du soleil, sur un sol resté vierge d'engrais et de pesticides.

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Les espèces observées et leur statut

Selon l'office de tourisme de Lens-Liévin, sur une page publiée en 2021, le lézard des murailles, le criquet à ailes bleues et le machaon fréquentent les zones dénudées, tandis que le crapaud calamite occupe les zones humides des terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle. Le pavot cornu, plante pionnière, pousse d'ordinaire sur les dunes du littoral. Au printemps, note Eden 62, coronilles et glaucière jaune couvrent les pentes du Pays à Part.

Être en limite d'aire de répartition ne veut pas dire être menacé. La Liste rouge des reptiles et amphibiens de France hexagonale, publiée en septembre 2026 par le Comité français de l'UICN, l'OFB et le MNHN, classe le lézard des murailles et le crapaud calamite en « préoccupation mineure ». Leur intérêt local tient au rôle de refuge des terrils dans un territoire densément urbanisé et agricole, souligne la DREAL.

Le Conservatoire botanique, qui évalue depuis 2018 la flore des terrils dans un programme franco-wallon, y avance plus de 1 200 espèces de plantes, soit un tiers de la flore régionale. Ce retour du vivant sur un sol remanié rappelle d'autres reconquêtes, comme ce pâturage redevenu forêt au Costa Rica.

1986 à Loos-en-Gohelle, 1990 pour tout le bassin

Les terrils ne reçoivent plus de déblais depuis la fin de l'extraction. Selon la DREAL, le dernier puits du bassin minier a fermé définitivement en décembre 1990.

La date de 1986 concerne un site précis, la fosse 11/19 de Loos-en-Gohelle. D'après le Pays d'art et d'histoire (2022), les jumeaux 74 et 74a ont reçu d'énormes volumes à partir de 1960, puis leur alimentation a cessé dans les années 1970 au profit d'un terril plat, le 74b. L'activité de la fosse s'est arrêtée le 31 janvier 1986, et les dépôts avec elle.

Dans sa fiche de 2013-2015, la DREAL comptait 225 terrils sur les 330 qu'a connus le bassin. Beaucoup ont disparu parce qu'ils ont servi de réserve de matériaux, notamment pour les travaux publics.

Les terrils protégés et ceux qui se visitent

Le bassin minier est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis le 30 juin 2012, avec 51 terrils dans le bien inscrit, selon la DREAL. Par un décret du 28 décembre 2016, l'État a classé 78 terrils formant la « Chaîne des terrils », indique la Mission Bassin minier. D'après la DREAL, 46 de ces 78 terrils figurent dans une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I.

Le tableau réunit cinq repères tirés de la DREAL (2013-2015), du Pays d'art et d'histoire (2022), de l'office de tourisme (2026) et d'Eden 62 (2025).

TerrilCommuneRepèreStatut et accès
Jumeaux 74 et 74aLoos-en-Gohelle186 m d'altitudeSite classé, montée libre sur le 74a, 74 clôturé
Terril plat 74bLoos-en-Gohelle24 millions de m³ avec les jumeaux, sur près de 90 haSite classé, accès libre
Jumeaux du Pays à PartRuitz, Maisnil-lès-Ruitz, HaillicourtEnviron 180 m d'altitudeEspace naturel sensible, sentiers aménagés
Terril n°9HaillicourtSommet en combustionEspace naturel sensible, vignes plantées
PinchonvallesAvionRecensé au patrimoine géologique nationalArrêté préfectoral de protection de biotope

La brochure de 2022 dit les jumeaux de Loos « parmi les plus hauts d'Europe » : aucune source officielle consultée ne leur attribue le record. Leurs 186 m sont une altitude, pas une hauteur au-dessus de la plaine. Comptez environ une heure pour monter et redescendre, selon l'office de tourisme, et restez sur les sentiers aménagés pour limiter l'érosion. Pour la lumière du soir au belvédère, vérifiez l'heure du coucher du soleil.

Ce qui peut changer

La Mission Bassin minier pilote un schéma des usages qui doit fixer la vocation de chacun des 78 terrils classés (nature, proximité, sport, tourisme), sans date d'adoption publiée. La flore bouge aussi : selon le CBN des Hauts-de-France, les végétations pionnières des terrils n'ont pas atteint leur maturité, et les milieux ouverts doivent beaucoup aux lapins.

Information générale, à jour au 15 octobre 2026. Avant une sortie, vérifiez l'accès et la réglementation auprès de l'office de tourisme ou du gestionnaire du site.

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Sources

  1. Mission Bassin Minier, « La chaîne des terrils du Bassin minier du nord de la France : animation du site classé », page consultée le 15 octobre 2026 (sans date affichée)
  2. DREAL Nord-Pas-de-Calais (Hauts-de-France), fiche « Sites classés du Pas-de-Calais, 62-SC 38 terrils du bassin minier Nord-Pas-de-Calais, 54 communes », Atelier Traverses, 2013-2015
  3. Pays d'art et d'histoire de la Communauté d'agglomération de Lens-Liévin, brochure « Focus Le 11/19, Loos-en-Gohelle », juin 2022
  4. Office de tourisme Lens-Liévin, « Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle », mise à jour le 14 octobre 2026
  5. Office de tourisme Lens-Liévin, « La faune et la flore de nos terrils », publié le 15 juillet 2021
  6. Eden 62, « Terrils des Falandes et du Pays à Part », espace naturel sensible, mise à jour le 4 novembre 2025
  7. Conservatoire botanique national des Hauts-de-France (ex-CBN de Bailleul), « Interreg France-Wallonie-Vlaanderen : Destination terrils », page consultée le 15 octobre 2026 (sans date affichée)
  8. Comité français de l'UICN, OFB, MNHN et SHF, « Le déclin se poursuit pour les reptiles et amphibiens de l'Hexagone », Liste rouge publiée en septembre 2026

Sources consultées le 15 octobre 2026. Une erreur ? Écrivez-nous : nous corrigeons et le signalons (voir notre politique de correction).

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Questions fréquentes

Pourquoi les terrils sont-ils plus chauds que les terrains voisins ?

Selon le CBN des Hauts-de-France, leur schiste noir emmagasine la chaleur du soleil et draine vite l'eau. Certains terrils brûlent aussi de l'intérieur : la température du substrat peut alors atteindre 50 °C dans les zones de combustion.

Les terrils jumeaux de Loos-en-Gohelle sont-ils les plus hauts d'Europe ?

Le Pays d'art et d'histoire de Lens-Liévin (2022) les dit « parmi les plus hauts d'Europe », sans parler de record. Ils culminent à 186 m d'altitude selon l'office de tourisme de Lens-Liévin, une altitude et non une hauteur au-dessus de la plaine.

Depuis quand ne dépose-t-on plus de déchets miniers sur les terrils ?

Le dernier puits du bassin a fermé en décembre 1990, selon la DREAL Hauts-de-France. À Loos-en-Gohelle, les dépôts ont cessé avec la fermeture de la fosse 11/19, le 31 janvier 1986, d'après le Pays d'art et d'histoire.

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Julien Jimenez

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