Pourquoi les prix chutent-ils en fin de journée ?
Pour un magasin, un produit frais invendu à la fermeture est souvent perdu. Viande, poisson, plats préparés, salades en sachet : ces denrées portent une date limite de consommation courte et ne peuvent plus être vendues une fois cette date passée. Baisser le prix quelques heures avant permet de récupérer une partie de la valeur plutôt que rien.
Le droit commercial prévoit ce cas. En principe, revendre un produit en l'état sous son prix d'achat effectif est interdit, et pour les denrées alimentaires ce seuil est même majoré de 10 % du 1er février 2019 au 15 avril 2028. Mais le Code de commerce prévoit sept exceptions, parmi lesquelles les produits périssables menacés d'altération rapide.
Hors de ces exceptions, la revente à perte est un délit puni d'une amende pouvant atteindre 0,4 % du chiffre d'affaires annuel réalisé en France. Les étiquettes de fin de journée ne relèvent donc pas d'un arrangement officieux : elles s'appuient sur une exception écrite dans les textes.
Pourquoi ces remises échappent-elles au plafond de 34 % ?
L'article 125 de la loi du 7 décembre 2020 dite ASAP encadre les promotions sur les denrées alimentaires. La réduction accordée sur un produit ne peut pas dépasser 34 % de son prix de vente, et les avantages promotionnels ne peuvent porter que sur 25 % au plus d'un volume fixé à l'avance entre fournisseur et distributeur. Ces règles s'appliquent jusqu'au 15 avril 2028.
Les lignes directrices de la DGCCRF excluent toutefois de ce plafond les remises sur des produits périssables menacés d'altération rapide, à une condition : qu'elles ne fassent l'objet d'aucune publicité ou annonce à l'extérieur du point de vente. C'est au distributeur de prouver que les produits étaient réellement menacés. Une remise supérieure à 34 % sur une barquette qui arrive à sa date limite peut donc être parfaitement légale.
La DGCCRF indique aussi tenir compte de l'objectif de lutte contre le gaspillage pour les produits dont la date de durabilité minimale est dépassée ou tombe dans moins d'un mois, avec la même réserve sur la publicité. Conséquence pratique : ces bonnes affaires ne s'affichent pas dans les prospectus. Il faut aller les chercher en rayon.
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Potager, conserves et troc : comment réduire ses dépenses alimentaires, et à quel coûtDLC ou DDM : quelle date regarder avant d'acheter ?
La date limite de consommation, signalée par la mention « À consommer jusqu'au », concerne les denrées microbiologiquement très périssables : charcuteries, viandes fraîches, plats cuisinés réfrigérés. Pour la DGCCRF, c'est une limite impérative. Le produit ne peut plus être commercialisé au-delà et peut présenter un risque s'il est consommé, surtout si la chaîne du froid a été rompue.
La date de durabilité minimale, introduite par « À consommer de préférence avant », est une indication de qualité. Une fois dépassée, le produit peut avoir perdu du goût ou de l'arôme, comme un café ou des biscuits secs, sans danger tant que l'emballage est intact. Pour les denrées fabriquées et vendues en France, l'étiquette peut ajouter « Ce produit peut être consommé après cette date ». Seule exception notable : les aliments de diététique infantile, dont la DDM garantit aussi la teneur en vitamines et minéraux.
Deux précautions comptent pour les achats du soir. La DGCCRF recommande de ne jamais congeler un produit dont la DLC est proche, atteinte ou dépassée : mieux vaut prévoir de le cuisiner le jour même ou le lendemain. Et dès qu'un emballage est ouvert, la date imprimée perd son utilité, c'est le délai après ouverture indiqué sur l'étiquette qui compte. Pour les conserves, l'aspect de la boîte prime : bombée, rouillée ou déformée, mieux vaut s'abstenir.
Paniers anti-gaspillage : comment fonctionne le principe ?
À côté des étiquettes de démarque, des applications mettent en relation commerces et clients pour écouler les surplus. Le principe est simple : boulangeries, supérettes, restaurants ou grandes surfaces proposent en fin de journée un lot à prix réduit, que l'on réserve et paie en ligne avant de le retirer sur un créneau horaire précis.
Le contenu dépend de ce qui reste, il est donc rarement connu à l'avance. C'est la contrepartie de la remise : on ne choisit pas ses produits. Ces paniers conviennent surtout aux foyers qui cuisinent facilement avec ce qu'ils trouvent et qui peuvent consommer vite les produits frais.
Quelques réflexes évitent les mauvaises surprises : venir avec un sac isotherme pour les produits réfrigérés, vérifier les dates au moment du retrait, et ne réserver que ce que l'on pourra manger avant la DLC. Un panier jeté à la maison n'est qu'un gaspillage déplacé.
Que doivent faire les magasins de leurs invendus ?
La loi Garot du 11 février 2016 a posé une hiérarchie : d'abord prévenir le gaspillage, puis donner ou transformer les invendus, ensuite les destiner à l'alimentation animale, et seulement en dernier recours les composter ou les méthaniser. Elle interdit aussi de rendre impropres à la consommation des denrées encore consommables, quel que soit le procédé.
Les commerces alimentaires de plus de 400 m² doivent proposer une convention de don à une association d'aide alimentaire habilitée. La loi oblige à proposer ce partenariat, pas à tout donner. Une ordonnance du 21 octobre 2019 a étendu l'obligation à la restauration collective préparant plus de 3 000 repas par jour et aux industriels de l'agroalimentaire réalisant plus de 50 millions d'euros de chiffre d'affaires, puis la loi AGEC du 10 février 2020 aux grossistes au-delà du même seuil.
Les denrées dont la DLC tombe dans 48 heures ou moins sont en principe exclues du don, sauf si l'association peut les distribuer avant. Détruire des invendus encore consommables expose à une amende pouvant atteindre 0,1 % du chiffre d'affaires hors taxes.
La loi AGEC fixe enfin un objectif : réduire de moitié le gaspillage alimentaire par rapport à 2015, d'ici 2025 pour la distribution et la restauration collective, d'ici 2030 pour la consommation, la production, la transformation et la restauration commerciale. Elle a aussi créé un label national anti-gaspillage alimentaire.
Combien gaspille-t-on, et comment acheter malin sans se piéger ?
Selon les données 2023 du service statistique du ministère chargé de l'écologie, la France a produit 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires, soit 142 kg par habitant. La part encore comestible, le gaspillage au sens strict, représente 3,8 millions de tonnes, soit 55 kg par habitant sur l'ensemble de la chaîne.
Profiter des invendus aide à réduire ce chiffre, à condition de ne pas déplacer le problème dans son propre réfrigérateur. Le bon calcul n'est pas le pourcentage de remise mais le prix de ce que l'on mange vraiment : un produit acheté à moitié prix puis jeté reste de l'argent perdu.
Pour en faire une habitude, mieux vaut repérer l'heure à laquelle son magasin applique ses démarques, venir avec une idée de menu souple et privilégier ce que l'on peut cuisiner le soir même. Ceux qui visent un budget courses très serré peuvent combiner les deux approches, en gardant les mêmes règles de prudence sur les dates.
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