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Aérotrain : ce qui reste de la voie d'essai de 18 km au nord d'Orléans

Entre Saran et Ruan, au nord d'Orléans, le monorail en béton achevé en 1969 pour l'Aérotrain de Jean Bertin est toujours debout, désaffecté depuis la fin des essais en 1978. Il appartient à l'État, porte depuis 2015 un label du ministère de la Culture qui n'est pas une protection de monument historique, et se voit depuis les routes publiques.

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Viaduc en béton de l'ancienne voie d'essai de l'Aérotrain, interrompu au niveau de l'autoroute A19 à Chevilly (Loiret), photographié en octobre 2019
Photo : Tangopaso, Domaine public, via Wikimedia Commons

Une voie de 18 km toujours debout au nord d'Orléans

La voie d'essai de l'Aérotrain est toujours debout. Ce viaduc en béton armé court sur 18 km entre Saran, au nord d'Orléans, et Ruan, via Cercottes, Chevilly et Artenay, selon la base Mérimée du ministère de la Culture (notice mise à jour le 9 septembre 2026). Désaffecté depuis la fin des essais en 1978, il appartient à l'État, rappelle un rapport du CGEDD (devenu IGEDD) de mars 2017. Le train n'a jamais transporté de voyageurs payants, et l'ouvrage se voit depuis les routes.

Selon la même notice, la voie, large de 3,40 m et en forme de T inversé, guidait le véhicule ; elle repose sur des piliers espacés d'une vingtaine de mètres, au nombre de 907 selon le rapport de 2017. Deux plates-formes de retournement marquent ses extrémités, à Saran et à Ruan, et une station centrale se trouve à Chevilly.

L'Aérotrain, un véhicule porté par un coussin d'air

L'ingénieur Jean Bertin fonde sa société en 1955 ; elle développe notamment le déplacement sur coussin d'air (base Mérimée). Le principe, résumé par le ministère de la Culture en juillet 2025 : de l'air sous pression soulève le véhicule au-dessus d'un rail en béton, sans contact, donc sans frottement. Une hélice ou un réacteur le propulse.

Après une première voie à Gometz-la-Ville, dans l'Essonne, un prototype de 80 places exige une ligne plus longue. La Beauce, plate, peu peuplée et proche de Paris, est retenue : les travaux, autorisés en 1967, s'achèvent en 1969 (base Mérimée). Les Archives nationales conservent des études de liaisons Paris-Orléans, Paris-Orly ou Lyon-Grenoble menées de 1966 à 1977.

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Un record à 430 km/h en 1974, mais aucun voyageur payant

Équipé d'un turboréacteur, le prototype I80-HV a atteint 430 km/h en 1974 sur cette voie, selon la base Mérimée. Le CGEDD retient en 2017 le même record, et une vitesse de croisière de 420 km/h sur 3 km, d'où les 420 km/h parfois cités. La date du 5 mars 1974, souvent citée, ne figure dans aucun document officiel que nous avons consulté. Pour vous représenter cette vitesse, convertissez-la en mètres par seconde : environ 119 m/s.

Des personnes ont pris place à bord pendant les essais, d'après le CGEDD. Mais aucune ligne n'a été ouverte au public : l'aérotrain « n'a jamais circulé commercialement », écrit le ministère de la Culture en juillet 2025.

Pourquoi l'État a préféré le TGV

Selon la base Mérimée, le développement du TGV par la SNCF et le choc pétrolier de 1974 ont privé le projet du soutien de l'État. Le CGEDD évoque un choix fait à la mi-1974 en faveur du rail, au terme d'un arbitrage aux causes multiples.

Le 30 juillet 1974, dans un journal télévisé archivé par l'INA, le ministre Michel Poniatowski juge l'aérotrain inadapté à la ligne envisagée entre Cergy-Pontoise et La Défense. En janvier 1978, un reportage régional indique que le gouvernement renonce aux lignes en France, pour des raisons de coût et de densité du réseau ferroviaire. Aucun document officiel consulté n'attribue l'abandon à une seule personne.

Voici les dates clés, d'après la base Mérimée, le CGEDD (2017), l'INA et le ministère de la Culture (2025).

AnnéeÉvénementSource
1965Premier essai de l'Expérimental 01, dans l'EssonneCulture, 2025
1967Travaux de la voie de Beauce autorisésMérimée
1969Fin des travaux, l'I80 roule à 250 km/hMérimée, CGEDD
1974Record de l'I80-HV à 430 km/hMérimée, CGEDD
1978Fin des essais, voie désaffectéeCGEDD
1992Prototype détruit par un incendie criminel à ChevillyINA
2007Six travées démolies pour l'A19CGEDD
2015Label « Patrimoine du XXe siècle »CGEDD, Mérimée
2025Prototypes et maquettes classés monuments historiquesCulture, 2025

Propriété de l'État, labellisée mais pas protégée

L'État n'a pas acheté le sol sous le monorail : il bénéficie d'une servitude d'utilité publique instituée par arrêté préfectoral du 14 juin 1968, détaille le CGEDD. Il ne possède que le terrain des trois plates-formes. Le reste appartient à des propriétaires privés, surtout agricoles, ou relève de la forêt domaniale d'Orléans, gérée par l'Office national des forêts.

En juin 2015, le ministère de la Culture a attribué à la voie le label « Patrimoine du XXe siècle », devenu Architecture contemporaine remarquable dans la base Mérimée. Ce n'est pas une protection au titre des monuments historiques, souligne le CGEDD. Le classement du 16 mars 2025 vise trois prototypes et six maquettes conservés dans les Yvelines, mais ni la voie ni le prototype de 80 places qui roulait dans le Loiret.

En 1998, le ministère des Transports jugeait que la partie nord devrait disparaître pour l'autoroute A19. Six travées ont été démolies en 2007, et une septième déposée en 2015 à Chevilly après le choc d'un engin agricole. En 2017, le CGEDD chiffrait la démolition complète à plus de 13 M€ et recommandait plutôt un entretien de 400 000 € la première année, puis de 100 000 € par an.

Peut-on voir la voie de l'Aérotrain ?

Oui, de l'extérieur. Selon le rapport de 2017, le viaduc est très visible depuis la voie ferrée Paris-Orléans, l'ancienne RN20, l'autoroute A19 et les routes secondaires qui passent dessous. En forêt, il ne se découvre que de près.

On ne le visite pas pour autant : après la chute de deux blocs de béton de plusieurs tonnes, les plates-formes ont été clôturées et rendues inaccessibles, rapporte le CGEDD. Sous le monorail, le sol appartient à des tiers et le CGEDD signalait en 2017 un risque de chute d'éclats de béton. Restez sur les routes et chemins publics, ne marchez pas dans les cultures et ne grimpez pas sur les piliers.

Avant le détour en voiture, estimez le coût du trajet. Les ouvrages en béton méconnus vous intriguent ? Lisez notre article sur les boules de béton posées sur les trottoirs.

Ce qui peut changer

L'État, propriétaire, peut lancer un programme d'entretien, confier l'usage de la voie à un tiers ou démolir de nouveaux tronçons : au 15 octobre 2026, nous n'avons trouvé aucune décision officielle en ce sens depuis le rapport de 2017. Un classement de la voie comme monument historique reste possible, mais la base Mérimée n'en mentionne aucun.

Information générale, à jour au 15 octobre 2026. Avant d'approcher l'ouvrage hors des voies publiques, renseignez-vous auprès de la mairie concernée.

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Sources

  1. Ministère de la Culture, POP, base Mérimée, notice ACR0000417 « Voie d'aérotrain (vestiges) », créée le 4 août 2020, modifiée le 9 septembre 2026
  2. CGEDD (devenu IGEDD), rapport 010674-01 « Quel devenir pour les infrastructures de l'Aérotrain ? (Loiret) Inverser le regard », mars 2017, mis en ligne en mai 2017
  3. Ministère de la Culture, DRAC Île-de-France, « L'aérotrain entre au patrimoine : trois prototypes et six maquettes classés monuments historiques », publié le 22 juillet 2025
  4. Assemblée nationale, 11e législature, question écrite n° 14233 sur l'aérotrain, réponse du ministère de l'Équipement, des Transports et du Logement publiée le 10 août 1998
  5. Archives nationales, répertoire 19870691 « Transports ; Direction des transports terrestres ; Sous-direction des affaires économiques » (études de liaisons par aérotrain, 1966-1977)
  6. INA, notice « Michel Poniatowski sur l'aérotrain », JT nuit du 30 juillet 1974
  7. INA, notice « L'aérotrain, un avenir incertain », Visages du Centre, 19 janvier 1978
  8. INA, notice « Chevilly : incendie de l'aérotrain », Centre Actualités, 23 mars 1992

Sources consultées le 15 octobre 2026. Une erreur ? Écrivez-nous : nous corrigeons et le signalons (voir notre politique de correction).

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Questions fréquentes

L'Aérotrain a-t-il transporté des voyageurs ?

Pas de voyageurs payants. Aucune ligne commerciale n'a été ouverte : le ministère de la Culture indique en juillet 2025 que l'aérotrain n'a jamais circulé commercialement. Des personnes ont toutefois pris place à bord lors des essais, selon le rapport du CGEDD de mars 2017.

La voie de l'Aérotrain est-elle classée monument historique ?

Non. Elle a reçu en juin 2015 le label « Patrimoine du XXe siècle », inscrit dans la base Mérimée comme label Architecture contemporaine remarquable, qui n'est pas une protection au titre des monuments historiques selon le CGEDD (2017). Ce sont trois prototypes et six maquettes conservés dans les Yvelines qui ont été classés le 16 mars 2025.

Peut-on marcher sous la voie ou monter dessus ?

Les plates-formes sont clôturées et inaccessibles depuis des travaux de sécurisation, selon le rapport du CGEDD de 2017. Le sol sous le monorail appartient à des propriétaires privés ou relève de la forêt domaniale d'Orléans, gérée par l'Office national des forêts. Le plus sûr est d'observer l'ouvrage depuis les routes et chemins publics, sans grimper ni s'attarder sous les piliers.

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Julien Jimenez

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