Une voie de 18 km toujours debout au nord d'Orléans
La voie d'essai de l'Aérotrain est toujours debout. Ce viaduc en béton armé court sur 18 km entre Saran, au nord d'Orléans, et Ruan, via Cercottes, Chevilly et Artenay, selon la base Mérimée du ministère de la Culture (notice mise à jour le 9 septembre 2026). Désaffecté depuis la fin des essais en 1978, il appartient à l'État, rappelle un rapport du CGEDD (devenu IGEDD) de mars 2017. Le train n'a jamais transporté de voyageurs payants, et l'ouvrage se voit depuis les routes.
Selon la même notice, la voie, large de 3,40 m et en forme de T inversé, guidait le véhicule ; elle repose sur des piliers espacés d'une vingtaine de mètres, au nombre de 907 selon le rapport de 2017. Deux plates-formes de retournement marquent ses extrémités, à Saran et à Ruan, et une station centrale se trouve à Chevilly.
L'Aérotrain, un véhicule porté par un coussin d'air
L'ingénieur Jean Bertin fonde sa société en 1955 ; elle développe notamment le déplacement sur coussin d'air (base Mérimée). Le principe, résumé par le ministère de la Culture en juillet 2025 : de l'air sous pression soulève le véhicule au-dessus d'un rail en béton, sans contact, donc sans frottement. Une hélice ou un réacteur le propulse.
Après une première voie à Gometz-la-Ville, dans l'Essonne, un prototype de 80 places exige une ligne plus longue. La Beauce, plate, peu peuplée et proche de Paris, est retenue : les travaux, autorisés en 1967, s'achèvent en 1969 (base Mérimée). Les Archives nationales conservent des études de liaisons Paris-Orléans, Paris-Orly ou Lyon-Grenoble menées de 1966 à 1977.
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Équipé d'un turboréacteur, le prototype I80-HV a atteint 430 km/h en 1974 sur cette voie, selon la base Mérimée. Le CGEDD retient en 2017 le même record, et une vitesse de croisière de 420 km/h sur 3 km, d'où les 420 km/h parfois cités. La date du 5 mars 1974, souvent citée, ne figure dans aucun document officiel que nous avons consulté. Pour vous représenter cette vitesse, convertissez-la en mètres par seconde : environ 119 m/s.
Des personnes ont pris place à bord pendant les essais, d'après le CGEDD. Mais aucune ligne n'a été ouverte au public : l'aérotrain « n'a jamais circulé commercialement », écrit le ministère de la Culture en juillet 2025.
Pourquoi l'État a préféré le TGV
Selon la base Mérimée, le développement du TGV par la SNCF et le choc pétrolier de 1974 ont privé le projet du soutien de l'État. Le CGEDD évoque un choix fait à la mi-1974 en faveur du rail, au terme d'un arbitrage aux causes multiples.
Le 30 juillet 1974, dans un journal télévisé archivé par l'INA, le ministre Michel Poniatowski juge l'aérotrain inadapté à la ligne envisagée entre Cergy-Pontoise et La Défense. En janvier 1978, un reportage régional indique que le gouvernement renonce aux lignes en France, pour des raisons de coût et de densité du réseau ferroviaire. Aucun document officiel consulté n'attribue l'abandon à une seule personne.
Voici les dates clés, d'après la base Mérimée, le CGEDD (2017), l'INA et le ministère de la Culture (2025).
| Année | Événement | Source |
|---|---|---|
| 1965 | Premier essai de l'Expérimental 01, dans l'Essonne | Culture, 2025 |
| 1967 | Travaux de la voie de Beauce autorisés | Mérimée |
| 1969 | Fin des travaux, l'I80 roule à 250 km/h | Mérimée, CGEDD |
| 1974 | Record de l'I80-HV à 430 km/h | Mérimée, CGEDD |
| 1978 | Fin des essais, voie désaffectée | CGEDD |
| 1992 | Prototype détruit par un incendie criminel à Chevilly | INA |
| 2007 | Six travées démolies pour l'A19 | CGEDD |
| 2015 | Label « Patrimoine du XXe siècle » | CGEDD, Mérimée |
| 2025 | Prototypes et maquettes classés monuments historiques | Culture, 2025 |
Propriété de l'État, labellisée mais pas protégée
L'État n'a pas acheté le sol sous le monorail : il bénéficie d'une servitude d'utilité publique instituée par arrêté préfectoral du 14 juin 1968, détaille le CGEDD. Il ne possède que le terrain des trois plates-formes. Le reste appartient à des propriétaires privés, surtout agricoles, ou relève de la forêt domaniale d'Orléans, gérée par l'Office national des forêts.
En juin 2015, le ministère de la Culture a attribué à la voie le label « Patrimoine du XXe siècle », devenu Architecture contemporaine remarquable dans la base Mérimée. Ce n'est pas une protection au titre des monuments historiques, souligne le CGEDD. Le classement du 16 mars 2025 vise trois prototypes et six maquettes conservés dans les Yvelines, mais ni la voie ni le prototype de 80 places qui roulait dans le Loiret.
En 1998, le ministère des Transports jugeait que la partie nord devrait disparaître pour l'autoroute A19. Six travées ont été démolies en 2007, et une septième déposée en 2015 à Chevilly après le choc d'un engin agricole. En 2017, le CGEDD chiffrait la démolition complète à plus de 13 M€ et recommandait plutôt un entretien de 400 000 € la première année, puis de 100 000 € par an.
Peut-on voir la voie de l'Aérotrain ?
Oui, de l'extérieur. Selon le rapport de 2017, le viaduc est très visible depuis la voie ferrée Paris-Orléans, l'ancienne RN20, l'autoroute A19 et les routes secondaires qui passent dessous. En forêt, il ne se découvre que de près.
On ne le visite pas pour autant : après la chute de deux blocs de béton de plusieurs tonnes, les plates-formes ont été clôturées et rendues inaccessibles, rapporte le CGEDD. Sous le monorail, le sol appartient à des tiers et le CGEDD signalait en 2017 un risque de chute d'éclats de béton. Restez sur les routes et chemins publics, ne marchez pas dans les cultures et ne grimpez pas sur les piliers.
Avant le détour en voiture, estimez le coût du trajet. Les ouvrages en béton méconnus vous intriguent ? Lisez notre article sur les boules de béton posées sur les trottoirs.
Ce qui peut changer
L'État, propriétaire, peut lancer un programme d'entretien, confier l'usage de la voie à un tiers ou démolir de nouveaux tronçons : au 15 octobre 2026, nous n'avons trouvé aucune décision officielle en ce sens depuis le rapport de 2017. Un classement de la voie comme monument historique reste possible, mais la base Mérimée n'en mentionne aucun.
Information générale, à jour au 15 octobre 2026. Avant d'approcher l'ouvrage hors des voies publiques, renseignez-vous auprès de la mairie concernée.
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